Roland

COUTANCEAU

La théorie du "pédophile abstinent"

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Fiche d'identité

  • Difficile de savoir et où il est né, ni ce qu'il a pu faire concrètement car on ne trouve ni son CV ni sa biographie sur le net.

  • Il est pourtant très médiatique depuis les années 2000, n'hésitant pas à donner son avis sur différentes affaires d'actualité.

  • Il est qualifié de "psychiatre", mais aussi de "criminologue" et "expert auprès des tribunaux".

  • Inventeur du concept du "pédophile secondaire", ou du moins il le répand en France, et du concept de "pédophile abstinent".

 

 

Un spécialiste des agresseurs sexuels

Roland Coutanceau fait partie de ces psys qui ont commencé par travailler avec les agresseurs sexuels et n'ont pas été formés à la pédopsychiatrie, mais qui donnent quand-même leur avis sur le "traitement des agressions sexuelles". Il fait partie de ceux qui relativisent l'impact et la gravité  de la pédophilie, mais il peut s'exprimer à n'importe quelle occasion: incendie, attentat, procès, féminicide, ou même la sortie d'un film...

Par exemple, en 1997 devant le Sénat, il a sorti de son chapeau des chiffres étonnants: 10 à 20% de récidive chez les pédophiles "en l'absence de suivi", 10% pour les violeurs de femmes adultes! Ces chiffres sont incroyables parce que ces crimes sont ceux qui sont les moins punis et on sait qu'un sur 10 est condamné lorsqu'une plainte est déposée. j'ai même calculé que pour les mineurs on est plus proche de 1 sur 20 que du 1 sur 10. Comment évaluer la récidive alors? En se basant sur les déclarations des pédophiles?

Il a expliqué très sérieusement comment ils 'y prend pour voir si un pédophile ou un violeur est "dangereux" avec un "risque" de récidive: "L'un des éléments importants pour apprécier la dangerosité de quelqu'un, c'est, notamment, de voir son positionnement humain et psychologique face aux faits qui lui sont reprochés en lui disant simplement : "que pouvez-vous nous dire sur le fait que l'on vous accuse d'avoir fait cela ?" C'est ce qui permet de décoder sa personnalité. " On aurait envie de rire si ce n'était aussi dramatique. Car oui les experts se trompent et ne sont pas formés à détecter la manipulation.

Et pourtant, sa description des "agresseurs sexuels" n'est pas des plus rassurantes: "Il y a très peu de névrosés et de psychotiques parmi les délinquants sexuels. Ils ont des troubles de la personnalité. Ce sont des psychopathes impulsifs et instables, des caractères paranoïaques, rigides, susceptibles, méfiants, égocentriques, mégalomanes, et souvent plus des immaturo-pervers que des pervers à proprement parler, c'est-à-dire des sujets qui ont un égocentrisme infantile et une tendance, finalement (pour le dire avec un concept moderne), à dénier l'altérité d'autrui : ils s'occupent très peu de l'autre. C'est une espèce d'égocentrisme pulsionnel. "

Mais pour Coutanceau, cela n'en fait des personnages dangereux capables de récidiver. Du moins, pas automatiquement.

 

A l'époque, Coutanceau se présentait en tant que Fondateur d'une antenne de psychiatrie et psychologie légale réservée aux adultes à la Garenne-Colombes (qui s'occupait surtout d'agresseurs sexuels) et Président de l'Association de psychiatrie et de psychologie légale.

A la fin des années 90, début 2000, donc, Roland Coutanceau prêchait la bonne parole sur les "soins" à apporter... aux pédophiles et autres agresseurs sexuels. cela, alors qu'à l'époque et encore aujourd'hui, la prise en charge des victimes est pour ainsi dire inexistante. Mais, passons.

En 2002 il écrit "Délinquants sexuels : stratégies de prise en charge et association de techniques thérapeutiques", où il ne parle pas encore de "pédophiles secondaires", mais établit une typologie des "délinquants sexuels" (qui en réalité sont souvent des criminels) et propose des "thérapies".

Quand le spécialiste des agresseurs s'occupe des victimes

On observe un tournant en 2004, justement au moment de l'affaire d'Outreau, d'Angers, mais aussi de l'affaire Fourniret, de celles des Tournelles ou du réseau Albenque, quand on a vu apparaître un mouvement de déni de la parole des enfants victimes.

C'est là que dans les médias des individus comme Paul Bensussan, par exemple, ont commencé à s'exprimer régulièrement pour discréditer la parole des victimes.

En 2004, Coutanceau publie un livre, s'adressant manifestement aux victimes, et intitulé "Vivre après l'inceste - Haïr ou pardonner". Pour le coup, il est devenu "psychiatre et spécialiste de l'inceste". Dans la préface du bouquin, on nous explique que "acteur de terrain plaide alors avec conviction pour que la judiciarisation du délit incestueux aille de pair avec un accompagnement de la victime et de son agresseur : le suivi psychologique peut en effet, quand les conditions sont favorables, éviter l'éclatement des liens familiaux".

 

Aïe. Ce sont les prémices de la "justice réparatrice", c'est-à-dire quand la victime doit pardonner à son agresseur pour que tout rentre dans l'ordre, et que la justice fasse au passage des économies substantielles en termes de procédures et de réparations. 

On comprend que dans ce livre, la paix des ménages primes sur les besoins de la victime, qui pour se reconstruire doit obtenir une réparation, sous une forme ou sous une autre, et une reconnaissance en tant que victime. Ce que les "conciliations", "médiations" et autres formes d' "accompagnement" permettent encore moins qu'une vague procédure en correctionnelle.

 

A cette époque, Coutanceau continuait à proposer des "thérapies", notamment la formule "thérapie de groupe de six mois en prison pour les délinquants sexuels", mais surtout pas la castration chimique qui, elle, a démontré son efficacité quand elle est suivie.

Des positions toujours "relativistes"

 

Vers 2006-2007, il commence à s'occuper des hommes qui sont des agresseurs dans le couple, toujours avec des "thérapies" pour éviter la "récidive".  En 2006 il écrit "Amour et violence. Le défi de l'intimité", encore un vaste programme que je résumerais par la première phrase de présentation, sous forme de question alors qu'il s'agit juste d'une affirmation hallucinante: "Pourquoi l’amour et le couple sécrètent-ils de la violence ?". Ben oui c'est "le couple" qui est violent, pas le type qui frappe sa compagne et souvent ses enfants.

On était alors en plein délire masculiniste / pères perchés / SOS Paps etc., et Coutanceau nous a pondu des interviews larmoyantes sur le triste sort des hommes violents, qu'il faut surtout "soigner"

En 2012, dans une interview au sujet du film Polisse, que je recommande même s'il reste "soft" sur la réalité des abus sexuels, Coutanceau explique doctement: "On le sait, l'inceste n'est l'apanage d'aucune catégorie sociale. Cela dit, statistiquement, les affaires révélées – celles qui arrivent devant la justice – montrent une prédominance des milieux socialement et culturellement défavorisés. Certains pensent que les gens plus aisés ont les moyens de cacher ces affaires. Moi, je ne crois pas que la culture ou l'argent empêchent de dénoncer les faits, en tout cas, plus aujourd'hui. J'ai vu des incestes commis par des colonels, des juges, des hauts fonctionnaires, sans que police ou justice n'en soient freinées dans leur travail. L'accusé sera peut-être ménagé pendant les interrogatoires, comme le chef de la police le demande dans le film, mais, à l'arrivée, personne – ni flic, ni juge, ni expert – ne témoigne de la clémence aux agresseurs d'enfants, quels qu'ils soient. Je ne serai pas aussi catégorique lorsque la victime est adulte : si l'accusé est puissant, les autorités peuvent se montrer réticentes..."

A cela il faut répondre:

  • Des juges des enfants m'ont confirmé que les pédophiles de milieux favorisés savent mieux éviter de laisser des preuves et nier les faits, et c'est pour cela qu'il n'y en a presque jamais en correctionnelle ou aux assises pour ces raisons. 

  • Est-ce que ces "juges, colonels, hauts fonctionnaires" pédophiles et incestueux ont été renvoyés devant un tribunal? Cela serait étonnant. 

  • Il tient un raisonnement : les autorités ne seraient pas freinées dans la poursuite des coupables "puissants" quand il s'agit d'abus sur mineurs, mais ils pourraient l'être quand il s'agit d'abus sur des femmes adultes?

Introduction des concepts de "pédophile exclusif" et "pédophile abstinent"

En 2010, Coutanceau commence à parler de "pédophiles exclusifs", qu'il distingue des consommateurs et producteurs de pédopornographie, les deux dernières catégories étant selon lui "habituellement" attirés par les adultes.

Coutanceau distingue trois catégories de pédophiles, ce qu'il continue à dire plus ou moins aujourd'hui:

  • ceux qui luttent contre ce "penchant" (la pédophilie ne serait donc qu'un "penchant" et pas une perversion), et pour ceux ce serait "une souffrance". Selon Coutanceau, ces pédophiles "sont assez structurés, assez clairs avec leur sexualité pour savoir que le passage à l’acte, ce n’est pas leur truc".

  • ceux qui "apprennent à accepter leur pédophilie, même s’ils ressentent un malaise. S’ils en ont l’occasion, ils peuvent être amenés à déraper".

  • et puis "les cyniques, qui se considèrent pédophiles, comme d’autres sont hétéros ou homosexuels. Ils décideront de passer à l’acte parce que c’est mieux en vrai qu’en photographie".

 

Le problème avec ce classement c'est qu'il semble cloisonner ces différentes catégories, alors qu'évidemment on passe de la première à la dernière au fur-et-à-mesure qu'on cède à ses "penchants", d'autant plus si on nous permet de minimiser le visionnage de viols d'enfants, ou même le passage à l'acte, et si l'impunité est la règle. 

beaucoup de pédophiles envoyés au tribunal jurent qu'ils ne seraient pas passés à l'acte si des vidéos pédopornos ne leur avaient pas "donné des idées". Je ne sais pas si c'est vrai mais il est clair que ça les désinhibe.

Par ailleurs, cette classification tend à minimiser la gravité de la consommation d'images de viols d'enfants. Ce sont des vidéos proprement insoutenables pour quelqu'un de "normal", qui n'est pas pédophile. 

Et ces viols, faut-il le rappeler, sont bien réels, ainsi que les enfants victimes.

Puis vint le concept de "pédophile abstinent", très dangereux lui aussi car on ignore totalement le nombre de pédophiles dans la population, et encore plus le nombre de "pédophiles abstinents" qui ne passeront jamais à l'acte et ne consommeront jamais de pédopornographie. En gros, des pédophiles qui restent frustrés toute leur vie, mais qui servent de caution pour faire accepter les pédophiles comme des individus "normaux".

Coutanceau considère d'ailleurs que la pédophilie n'est qu'un "trouble de la préférence sexuelle".

Quand on lui demande comment il définit la pédophilie, il répond: "Je ne dirais pas que c’est une maladie, plutôt un trouble de la préférence sexuelle. Cela correspond à un fantasme pour les corps pré-pubères, non formés,  qu’il s’agisse de garçon ou de fille, de moins de 13 ans.  Maintenant, cela n’implique pas forcément un passage à l’acte. Il y a des pédophiles qui restent abstinents. Je vois aussi des pédophiles secondaires, des gens généralement attirés par des adultes, qui peuvent occasionnellement s’intéresser aux petits garçons ou aux petites filles".

Le "pédophile abstinent", c'est justement un des chevaux de bataille d'une association de défense des pédophiles comme l'Ange Bleu, qui cherche à les faire accepter par la société. Il est évident que cette notion absconse de "pédophile abstinent" va permettre de normaliser quelques-uns des pédophiles les moins pervers, tout faisant pleurer dans les chaumières.